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NOUVEL AGENDA DE POLITIQUE ETRANGERE DE LA LITUANIE

M. Antanas ValionisMinistre des Affaires étrangères de LituanieL’accès de la Lituanie à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et à l’Union européenne (UE) lui ouvre ainsi qu’à d’autres nations démocratiques de nouvelles opportunités de faire face aux défis de la mondialisation et de renforcer leur sécurité dans l’éventualité de nouveaux risques et de nouvelles menaces.


L’adhésion à l’UE et à l’OTAN a transformé l’engagement choisi par la Lituanie dans les affaires régionales et internationales. La Lituanie a rejoint ces deux organisations avec une vision de devenir un membre actif, créatif en matière d’idées politiques et de solutions pratiques pour la coopération régionale et en mesure de promouvoir les principes universels de démocratie, les droits de l’Homme et l’État de droit.
Notre but est d’étendre l’implication de la région des pays baltes avec ses voisins du Nord, du Sud et de l’Est de manière à contribuer activement au développement des nouvelles formes de coopération régionale. Dans ce contexte, la position géographique favorable de la Lituanie et l’expérience dans la coopération de voisinage est un avantage indéniable.
Dans son discours d’ouverture lors du dernier sommet sur le Forum du développement balte à Stockholm, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso a désigné les pays de la mer Baltique comme étant « le phare de l’Europe ». La région de la mer Baltique est en effet l’une des régions dont la croissance est la plus rapide au sein de l’UE et pourrait bien être en passe de devenir un leader mondial en termes de croissance économique, de compétitivité et d’innovation, ainsi qu’en termes de protection sociale. La recherche du maintien du dynamisme régional conduit la Lituanie à développer la coopération avec la Pologne et la coopération trilatérale avec les autres pays baltes, à consulter les pays nordiques et baltes membres de l’UE, ainsi qu’à prendre part à une coopération plus étendue entre les pays nordiques et baltes.
Néanmoins, les capacités de la région restent sous-exploitées. L’élargissement a dessiné une nouvelle frontière sur la bordure Est de la Lituanie. Notre tâche est non seulement de sécuriser cette frontière, mais également de la rendre moins visible, plus transparente et non d’empêcher les contacts politiques, économiques, et humains.
Les Européens de l’Est ont tout à fait le droit d’appartenir à la famille européenne dès lors qu’ils adhèrent aux valeurs communes et qu’ils prennent des mesures pratiques pour être intégrés à l’Europe.
Nous devons également débattre du rôle de nos « nouveaux voisins » en réaffirmant le leadership mondial de l’Europe, notamment dans des domaines tels que la politique étrangère et la sécurité énergétique. Le cas du nucléaire iranien montre à quel point des pays comme la Russie peuvent se révéler importants dans la solution de problèmes contemporains de sécurité. Promouvoir la démocratie à l’Est est donc une priorité stratégique. Le succès de l’intégration de la Russie, de l’Ukraine et d’autres démocraties émergentes d’Europe de l’Est au sein d’une communauté transatlantique élargie garantit les réserves d’énergie face aux manipulations politiques. Cela permettra également un soutien appuyé aux initiatives européennes et transatlantiques basées sur des valeurs communes.
Dans une vision à plus court terme, il y a un intérêt immédiat à revigorer nos politiques indolentes vis-à-vis de la situation démocratique en Biélorussie, car les politiques imprévisibles des dirigeants biélorusses actuels pourraient impliquer des décisions stratégiques qui brusqueraient la stabilité et la coopération européenne.
Dans ce contexte, la coopération transatlantique est primordiale. Un partenariat transatlantique fort permettra également que les valeurs démocratiques soient plus répandues dans le Grand Moyen-Orient en ce qui concerne la sécurité et notamment le domaine du nucléaire, de la prolifération des armes de destruction massive et du terrorisme.

Le futur de l’Europe

Ces dernières années, l’Europe a considérablement changé. Elle s’est élargie à dix nouveaux pays en 2004. La Bulgarie et la Roumanie rejoindront l’UE lorsqu’elles auront accompli toutes les préparations et qu’elles se seront acquittées de toutes les procédures. L’UE a réalisé une plus forte consolidation en matière de politique étrangère, particulièrement dans le domaine de laPolitique étrangère et de sécurité commune (PESC). L’expansion prévue de la zone euro et de l’espace Schengen aux nouveaux États membres permettra certainement de consolider cette étape importante de l’intégration à l’UE.
Avec les nouveaux élargissements, de nouvelles relations sont nées à travers le continent européen. Elles ont enrichi la culture politique européenne par de nouvelles tendances. En ce qui concerne sa position géographique, l’UE longe des pays qui lui semblaient si éloignés il y a de ça encore une décennie. Le dynamisme des changements est vraiment frappant.
Il est donc tout naturel que l’élargissement ait fait alimenter des discussions à propos du futur de l’Europe, qui se reflète aujourd’hui dans de nombreuses questions sur la finalité de l’UE.
Le vote négatif de la France et des Pays-Bas au sujet du Traité constitutionnel a donné lieu à des spéculations dans certaines capitales européennes selon lesquelles l’UE a besoin de prendre un peu de temps pour redéfinir la direction et les impacts potentiels des changements actuels.
De notre point de vue, les résultats des referendums français et néerlandais ne devraient pas nous empêcher de poursuivre la politique d’intégration européenne. La Constitution européenne devrait renforcer le processus de l’intégration européenne. L’adoption d’une déclaration politique commune pourrait être un point de départ du changement du contexte plutôt que du contenu du débat constitutionnel.
L’UE a aujourd’hui besoin d’une direction ferme, d’institutions fortes et de nouvelles initiatives. Notre vision de l’Europe nécessite quatre pré-conditions:
En premier lieu, les Européens devraient être ouverts à de nouvelles solutions. L’ouverture au monde et aux nouvelles idées a toujours été le moteur du développement européen. Les intérêts nationaux devraient ainsi pouvoir s’ajouter plutôt que remplacer les besoins et les objectifs européens.
En second lieu, la solidarité et l’équité devraient rester l’âme de l’UE. Une recherche de compromis et de solution équitable pour tous les membres de l’UE devrait à l’avenir guider les politiciens de l’UE comme ce fut le cas par le passé. Le fait que les États membres aient trouvé un terrain d’entente pour le budget 2007-2013 est un signe politique très important qui montre que l’UE se guérit petit à petit de la stagnation et de la paralysie.
En troisième lieu, nous devrions nous sentir responsables envers les peuples de nos propres pays, ainsi qu’envers ceux des pays voisins, sur lesquels notre influence jouera. La vision de l’Europe que nous créons affectera de manière égale tous les voisins de l’UE – la Turquie, les Balkans, le Sud-Caucase, l’Ukraine et bien sûr la Russie.
En quatrième lieu, l’Europe devrait fermement adhérer aux politiques liées aux valeurs et être ambitieuse dans la poursuite de buts communs. La politique étrangère européenne devrait contribuer à la promotion de la démocratie, des droits de l’Homme et de l’État de droit.
Nous devons également comprendre les relations et les doutes de nos citoyens à propos du futur de l’Europe. L’UE doit être intelligible et acceptable aux yeux des citoyens européens. À ce titre, la décision de la Commission de lancer « le plan D » pour la démocratie, le dialogue et le débat en Europe était un pas dans la bonne direction. Les gouvernements nationaux devraient suivre ce chemin. Un débat approfondi a besoin d’un agenda commun et d’un plan d’action.
Être compréhensible et acceptable signifie également être sensible aux différents modèles sociaux, économiques et fiscaux qui sont appliqués dans les États membres. Ces modèles reflètent les particularités nationales et se mobilisent en faveur d’une concurrence équitable au niveau européen. Si combler le fossé au sein de l’UE entre les plus riches États membres et les plus pauvres est une véritable priorité, adopter les Directives des Services devrait être la solution.
Il est paradoxal de constater que nous sommes plus pessimistes à propos de l’avenir de l’Europe que certains de nos voisins. À leurs yeux, l’Europe est source d’espoir et d’inspiration. Nous devrions donc prendre nos précautions lorsque nous parlons des soi-disant « frontières » de l’Europe. Désormais, nous ne vivons plus au temps où les frontières sont établies sans prendre compte des intérêts des nations vivant dans la région. Nous pensons que les peuples de l’Europe de l’Est devraient définir eux-mêmes jusqu’où l’Europe devra s’étendre à l’avenir en appliquant des réformes audacieuses et en adoptant leurs vies aux standards européens.

Le lien transatlantique

Ce n’est qu’en agissant de concert que l’Europe et les États-Unis que peuvent assurer la pérennité des valeurs démocratiques à travers le monde. À l’échelle mondiale, l’UE et les États-Unis sont des puissances incontournables, qui, en tant que tels, ont la responsabilité mondiale d’agir communément.
Le succès de la démocratisation de l’Europe centrale et des pays baltes est un exemple spectaculaire du résultat de l’action commune entre États-Unis et UE. Les efforts communs portent également leurs fruits dans les Balkans, qui gisaient en ruines après la guerre il y a près d’une décennie. La Serbie-Monténégro et la Bosnie-Herzégovine entreprennent à présent des processus d’association et de stabilisation avec l’UE. Au même temps, le futur statut du Kosovo sera bientôt défini. Il faut espérer que le nœud Gordien des Balkans restera à jamais dénoué.
Une action collective entre les États-Unis et l’UE est également nécessaire dans la résolution de problèmes tels que celui du processus de paix au Moyen-Orient et celui de la crise nucléaire iranienne.
La multiplication de gouvernements transparents, réellement représentatifs, de l’État de droit, et du respect des droits de l’Homme devrait être l’une des priorités les plus importantes dans le dialogue stratégique entre les États-Unis et l’UE. L’UE et les États-Unis ne peuvent faire appliquer ces valeurs avec succès que s’ils agissent de concert.
L’OTAN est l’atout numéro un dans le renforcement et le développement du lien transatlantique. À ce titre, elle doit renforcer ses capacités militaires en améliorant les standards de réponse rapide de toutes ses forces. L’OTAN doit également le faire en développant la spécialisation et l’utilisation de ses forces en allouant par avance des fonds suffisants pour les opérations dirigées par elle.
Parallèlement, l’Alliance ne devrait pas se réduire à un appareil militaire. Si l’organisation est perçue de cette manière, elle pourrait perdre de son prestige et de son autorité politique. Pour comprendre les développements politiques régionaux qui pourraient affecter les opérations et la sécurité des États membres de l’OTAN, un dialogue politique stratégique élargi en son sein est capital. Une OTAN remaniée doit rester le lieu privilégié de dialogue entre les Européens et les Américains à propos de la sécurité et des questions qui y sont liées.
Dans l’application de son agenda mondial, l’UE est le partenaire naturel de l’OTAN. L’OTAN et l’UE doivent travailler ensemble en se partageant les tâches. La coopération entre l’UE et l’OTAN a besoin d’être plus développée. Néanmoins, les doublons tant en termes de capacités que de structures doivent être évités.
Au-delà de la coopération militaire, l’UE et l’OTAN devraient chercher de nouveaux moyens d’améliorer leurs capacités civiles. Cela justifie de mettre en lumière de quelle manière les relations contractuelles concernant les avantages et les capacités militaires entre l’UE et l’OTAN pourraient être utilisées et étendues dans le domaine des capacités civiles.
La localisation des opérations de l’OTAN est le meilleur exemple pour cerner son ambition à assumer un rôle mondial. La Lituanie contribue activement aux opérations de paix de l’OTAN dans les Balkans et en Afghanistan. Depuis le début du mois de juin 2005 une Provincial Reconstruction Team (PRT, soit des équipes de reconstruction civiles et militaires de provinces) sous direction lituanienne est menée dans la province de Ghor en Afghanistan.
Une coordination plus rapprochée des actions dans des domaines où les deux organisations sont présentes pourrait harmoniser le dialogue entre l’OTAN et l’UE. La stratégie de l’UE et de l’OTAN pour les Balkans Occidentaux pourrait servir d’exemple. Le laboratoire d’essai en grandeur nature pour répandre une telle coopération pourrait être symbolisé par les opérations de l’UE et de l’OTAN en Irak et en Afghanistan.
L’élargissement de l’OTAN est un autre moyen d’étendre la zone de sécurité et de stabilité aux pays européens démocratiques qui adhèrent aux valeurs communes et qui font de véritables progrès dans la satisfaction aux critères de l’OTAN. L’OTAN devrait poursuivre sa politique de « la porte ouverte ». La récente vague d’élargissement de l’OTAN ne devrait pas être la dernière.
Nous sommes certains que les pays qui ont signé la Charte de l’Adriatique rejoindront l’Alliance dès lors qu’ils seront prêts pour l’adhésion. Néanmoins, la réussite de la consolidation de pays comme l’Ukraine est également très importante pour la sécurité transatlantique. L’Ukraine est un pays d’une importance considérable d’un point de vue géopolitique et géoéconomique pour l’Europe Centrale, pour la région de la mer Noire et le Sud-Caucase. Ce facteur devrait être pris en compte au moment même où nous entamons les négociations sur la prochaine vague d’adhésion à l’OTAN.

La Politique de voisinage

Le développement de bonnes relations de voisinage est l’un des objectifs prioritaires de la politique étrangère de la Lituanie. L’expérience acquise pendant la période d’indépendance a montré que de bonnes relations avec les voisins peuvent se révéler être un instrument politique efficace dans la construction d’un environnement de confiance mutuelle et de coopération dans la région.
L’adhésion à l’OTAN et à l’UE permettra à la Lituanie d’instituer de bonnes relations de voisinage tout d’abord à travers une participation active dans la formation et mise en application de la politique de voisinage de l’Union.
À ce jour, l’un des plus pressants défis que doit relever l’UE est de stabiliser stratégiquement ses voisins. Les Européens débattent encore de quel voisin leur est le plus utile : l’Afrique du Nord, le Moyen Orient, les Balkans ou encore la zone post-soviétique. De notre point de vue, ils sont tous des objectifs stratégiques d’importance à long terme pour l’UE.
La plus forte remise en cause porte sur la manière d’assurer la stabilité dans le voisinage. Pour la Lituanie, la réponse est très claire : une stabilisation sans réformes démocratiques n’est que de la poudre aux yeux. Nous sommes déjà passés par-là. Il est donc important de laisser la porte ouverte à ces pays qui cherchent à changer et à contribuer au développement européen.
Les pays de l’UE ont des perceptions et des approches divergentes à propos de leur voisinage oriental, particulièrement en ce qui concerne la Russie. La proximité géographique rend les relations avec la Russie plus intenses pour certains membres que pour d’autres. L’expérience historique douloureuse de certains membres est également l’un des facteurs qui doit être pris en compte.
Il est évident que la Russie est un partenaire stratégique de l’UE dans le domaine d’énergie. L’UE est également la principale partenaire commerciale de la Russie. L’on peut s’attendre à ce que le boom économique russe continue à attirer les capitaux européens en Russie. Néanmoins, il est difficile de savoir si la dépendance croissante vis-à-vis de l’énergie en provenance de Russie dans sa forme actuelle va profiter à la sécurité européenne sur le long terme.
La récente bataille du gaz entre la Russie et l’Ukraine a également affecté les pays de l’UE. L’UE a appris que dépendre d’un fournisseur quasi-exclusif était assez dangereux. La stratégie de l’Europe en matière de sécurité énergétique et la politique européenne de l’énergie ont donc besoin d’être encore d’avantage élaborées. La Lituanie salue la détermination de l’Autriche à porter fermement attention à ce problème lors de sa présidence.
En créant une politique énergétique commune, l’UE serait capable de satisfaire les intérêts de tous les États de l’UE. Les projets comme le gazoduc d’Europe du Nord doivent être débattus à l’avance avec tous les pays concernés. Nous ne pouvons que regretter qu’un tel débat n’ait pas eu lieu cette fois-ci, malgré la vive opposition de la Pologne, de la Lituanie, de la Lettonie et de l’Estonie.
De manière plus générale, l’UE doit reconnaître que des intérêts spécifiques tels que le commerce et l’énergie ne doivent pas ébranler les objectifs à long-terme visés à travers les relations avec la Russie – comme la consolidation des valeurs démocratiques de ce pays. La Lituanie est, et restera, l’un des plus fervents soutiens d’une Russie démocratique qui se consolidera et qui s’intègrera avec la communauté européenne.
En 2006, une série d’élections aura lieu en Europe orientale, notamment en Ukraine et en Biélorussie. Les résultats des élections parlementaires du 26 mars en Ukraine montreront à quel point l’Ukraine tient à s’engager dans sa politique en faveur de l’UE. Nous pensons que la discussion au sujet des circonstances sous lesquelles l’UE pourrait offrir à l’Ukraine une perspective plus claire d‘adhésion à l’UE a mûri.
La Lituanie et l’Ukraine cherchent à développer et renforcer leurs relations bilatérales. En décembre 2005, les ministres des Affaires étrangères de Lituanie et d’Ukraine ont adopté une déclaration commune en matière de coopération régionale ainsi que dans le domaine de l’intégration européenne et euro-atlantique. Ce document prescrit des plans et actions destinés à promouvoir la coopération, à partager leur expérience et à faciliter une intégration progressive de l’Ukraine au sein de l’UE.
L’UE doit également prêter plus attention à la situation en Biélorussie. Ce débat en pleine évolution à propos de la création d’un État unifié entre la Russie et la Biélorussie devrait être pris plus au sérieux. Il nous faut étudier tous les cas de figure dans l’éventualité qu’un tel État devienne réalité.
Aussi, le résultat des élections présidentielles du 19 mars 2006 en Biélorussie pourrait amener à de graves délibérations en ce qui concerne les politiques des États-Unis et de l’UE envers ce pays. La Lituanie considère que des élections justes et libres constituent un premier pas vers la garantie d’une consolidation démocratique de ce pays. Le rôle des missions d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) est donc primordial. À long terme, des mécanismes financiers plus flexibles devront être suivis par la Biélorussie.
Il est gratifiant de constater que la Moldavie et que le Sud-Caucase attire de plus en plus l’attention de l’UE. Nous pensons que l’application des Plans d’action de l’UE aidera ces pays à se rapprocher de l’UE.
En ce moment, une application plus étendue des réformes politiques, économiques et administratives en Moldavie est extrêmement importante. L’aide internationale à l’application du processus de réformes pourrait devenir considérable. Le retrait total des troupes russes des territoires moldaves, comme il est convenu dans les accords internationaux, est un autre question qui nécessite une solution rapide. Il est évident que la Russie ne coopérera sur la question de la Transnistrie que si elle ressent un regain d’intérêt et une participation accrue de la part des pays occidentaux dans la résolution du conflit. La Mission d’aide frontalière de l’UE à la Moldavie et à l’Ukraine, ainsi que les négociations élargies à 5+2 seront des moyens qui serviront à trouver une solution viable et durable au conflit de Transnistrie.
En ce qui concerne les possibilités de maintenir la paix, il nous faut trouver une solution impliquant les différentes nations. L’UE doit clairement annoncer que les outils de la PESD et des négociations sur les accords déjà passés sont possibles, notamment par le déploiement d’une mission de l’UE dans la zone de conflit avec l’accord du pays concerné.
Nous nous félicitons du progrès réalisé jusqu’ici quant au retrait des troupes russes de la Géorgie, ce qui nous permet de penser que l’affaire sera résolue d’ici à 2008. La réalisation rapide des engagements de 1999 signés à Istanbul pourrait contribuer largement à la résolution de conflits de longue durée.
La Lituanie, aux côtés de la Lettonie et de l’Estonie ont lancé une initiative de joindre les efforts des pays baltes dans l’aide au changement des nations du Sud-Caucase.
Sur le plan stratégique, nous soulignons l’importance d’une région du Sud-Caucase dans une logique de réponse aux menaces d’envergure mondiale, de promotion de la stabilité et de la démocratie dans le Grand Moyen-Orient et en Asie Centrale. Cette importante réponse s’exprime également dans la garantie d’un transport sécurisé de l’énergie depuis les gisements de gaz et de pétrole de la mer Caspienne. Le rôle de la Mission de l’État de droit de l’UE, lancée en Georgie en 2004 à l’initiative de la Lituanie, sert d’exemple concret de ce que l’UE peut apporter à la région.
Les conflits « gelés » ou, plus précisément, « la résolution gelée des conflits », qui perturbe l’intégrité territoriale des pays du Sud-Caucase, a également besoin que la communauté transatlantique lui prête attention. Le moment est venu de nous poser la question suivante : considérons-nous que les formes actuelles de négociation et les mécanismes de maintien de la paix sur les territoires post-soviétiques donnent les résultats attendus, ou devons-nous trouver de nouvelles solutions en impliquant les mécanismes de la Politique étrangère de sécurité et de défense (PESD) et de l’OTAN ?


* Cet article a été publié dans le numéro 61 de La Revue internationale et stratégique, dirigé par M. Pascal Boniface, et porte sur « Les fondements des politiques étrangères des États européens ». Ce numéro spécial a pour ambition de dresser un panorama et de confronter les conceptions de la politique étrangère des différents États membres de l’Union européenne. À cette fin, ont été non seulement sollicités des auteurs (chercheurs, hommes politiques et hauts fonctionnaires) français mais aussi provenant de l’ensemble des pays de l’Union européenne. Vous pouvez acquérir ce numéro en librairie ou en ligne sur le site Internet http://www.iris-france.org/
La Revue internationale et stratégique, depuis sa création en 1991, s’attache à rendre compte des grands débats qui animent la scène internationale. À travers la confrontation d’idées et d’auteurs, mais également avec le concours d’éminents spécialistes et de décideurs, elle cherche à transcrire une vision claire du système international plus globalisé et donc plus complexe, caractéristique de ce début de xxie siècle. Grâce à des dossiers thématiques, chaque trimestre est ponctué par l’analyse approfondie d’un sujet s’inscrivant dans les grands questionnements internationaux. Cette problématisation d’un thème est complétée par des rubriques qui permettent au lecteur d’appréhender de manière approfondie des sujets d’actualité ainsi que de faire la lumière sur une région ou un pays en particulier.
La Revue internationale et stratégique est une publication de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), centre de recherche français sur les questions stratégiques et les relations internationales.